Échanges, formation, expérimentation : le Programme Goldschmidt+

Compte rendu

juin 2026

Depuis 2024, le Programme Georges-Arthur Goldschmidt, destiné aux traducteurs et traductrices en début de carrière, est proposé en alternance avec un nouveau format : le Programme Goldschmidt+. Coorganisé par France Livre, la Foire du livre de Francfort et Pro Helvetia avec le soutien de l’Office franco-allemand pour la Jeunesse, il permet aux anciens participants du Programme Goldschmidt initial d’approfondir leurs compétences, d’élargir leur réseau international et de renforcer leur visibilité.  



Le groupe réuni pour la première fois à Francfort © Frankfurter Buchmesse


Le Programme Goldschmidt+ prévoit quatre modules tout au long de l’année, comprenant des ateliers de travail autour des enjeux auxquels les traducteurs et traductrices sont confrontés aujourd’hui. Cette année, lors d’un séminaire d’introduction à Francfort, Camille Logoz, participante suisse, a animé un atelier autour de la prise de parole en public, tandis qu’Ulrike Rehberg, participante allemande, a réalisé un atelier consacré aux pratiques pour défendre les intérêts et les droits d’une profession de plus en plus précaire. Ce séminaire à Francfort était également l’occasion de rencontrer des acteurs clé du monde du livre, tel Sebastian Guggolz, le nouveau président du Börsenverein des deutschen Buchhandels, qui a, à son tour, souligné l’importance de la visibilité médiatique des traducteurs et traductrices. 


Afin de rendre visible le travail de traduction à la fois auprès du grand public et d’un public spécialisé, le Programme Goldschmidt+ comprend également une participation active à des manifestations littéraires en France, en Allemagne et en Suisse. Ainsi, les Journées littéraires de Soleure ont à nouveau accueilli le groupe. Créées en 1978, il s’agit du plus grand festival littéraire plurilingue de Suisse. Plus de 70 auteurs, autrices, traducteurs et traductrices de Suisse et d’ailleurs y ont participé cette année. 



Ulrike Rehberg se bat pour les droits de sa profession


Après une journée professionnelle consacrée à deux ateliers organisés par Fanny Bouquet, participante française, sur les contrats de traduction et les défis de la profession face à l’IA, le groupe a pu profiter de la programmation des Journées littéraires : prose, poésie, roman graphique, littérature jeunesse, spoken word…, ces journées sont devenues une plateforme de la création littéraire contemporaine. Dans la vieille ville pittoresque de Soleure, de nouveaux réseaux se sont créés rapidement et les nombreuses lectures, tables rondes et ateliers ont nourri les échanges – un cadre idéal pour le Programme Goldschmidt+ !


Plusieurs participantes et participants ont eu l’occasion de monter sur scène, que ce soit pour modérer un événement ou présenter leur travail aux festivaliers. Ainsi, Camille Logoz a pris part à un atelier de traduction autour du roman graphique Vergiss dich nicht de Lika Nüssli. Par ailleurs, Ela zum Winkel, participante allemande, a présenté son travail dans le cadre d’un atelier appelé Skriptor. Ce format, spécialement conçu par le festival, permet de présenter des traductions en cours et d’en discuter en public. 



Présentation des traductions en cours 


Autre moment fort du programme : l’échange entre la traductrice Annina Haab et l’autrice Pierrine Poget autour de la traduction de son récit Inachevée, vivante, sur laquelle Annina Haab a déjà travaillé pendant sa participation au Programme Goldschmidt en 2025. Cet échange a été une belle illustration de la relation de confiance qui peut s’installer entre traductrice et autrice. "La traduction est meilleure que mon original", affirme Pierrine Poget, ce qui montre que traduire est un acte de création, une interprétation délicate qui exige une grande sensibilité interculturelle et humaine. Le Programme Goldschmidt+ se poursuivra cette année à la Foire du livre de Francfort en octobre et aux Assises de la traduction littéraire à Arles en novembre 2026. 


Hannah SANDVOSS, Katrin BOETHLING




Paroles aux professionnels 



Fanny Bouquet, traductrice française


Fanny Bouquet

"Traductrice et travailleuse de la culture indépendante depuis plusieurs années, je mesure combien les opportunités d’échanger avec des collègues et d’être au contact direct avec la scène littéraire sont essentielles. J’apprécie tout particulièrement la manière dont le Programme Goldschmidt+ a été pensé : il nous offre un complément précieux au programme initial en nous permettant d’assister à plusieurs rendez-vous littéraires majeurs en Suisse, en France et en Allemagne. Ce programme nous laisse également un espace d’expérimentation et de liberté pour nous former entre pairs, partager nos expériences et imaginer différents formats de médiation. Ce sont des aspects qui ne sont pas à négliger, car nous sommes nombreux et nombreuses à nous engager dans des activités d’enseignement ou de médiation culturelle autour de la traduction. Par ailleurs, cela me semble crucial au regard des enjeux actuels pour la profession. Je suis particulièrement heureuse d’avoir pu modérer un dialogue entre l’autrice Pierrine Poget et sa traductrice Annina Haab, avec qui j’ai eu le bonheur de travailler en tandem lors de notre participation au Programme Goldschmidt en 2025 : si j’étais émue de voir son projet de traduction aboutir sous le titre Unvollendet, lebend aux Éditions Atlantis, j’étais également très curieuse d’en apprendre davantage sur leur collaboration. Je souhaite de pareilles rencontres à tous les autres tandems et ne saurais qu’encourager les anciennes participantes et anciens participants du programme Goldschmidt à postuler." 



Steven Wyss, traducteur suisse 


Steven Wyss © Raffael Thielmann         

"J’ai postulé au Programme Goldschmidt+ parce que je souhaite élargir mon réseau professionnel et surtout parce que je trouve les échanges avec des collègues extrêmement importants. J’espère notamment que ce programme m’ouvrira des portes au-delà de la Suisse, pour traduire une autrice ou un auteur français pour une maison d’édition allemande. En Suisse, je dispose déjà d’un bon réseau, c’est pourquoi j’attends avec impatience les deux autres modules du programme à Francfort et à Arles. Pour moi, les points forts de ce module à Soleure ont été la convivialité et les échanges avec le groupe, ainsi que la solidarité mutuelle et la réflexion commune sur la manière de s’en sortir dans ce métier difficile. Le multilinguisme du festival est quelque chose de très spécial, mais il faut préciser que ceci n’est pas le quotidien en Suisse, où tout le monde vit plus ou moins avec sa propre langue. Les lieux où cette réalité multilingue est véritablement thématisée et vécue sont donc d’autant plus importants. Ce fut un week-end très enrichissant pour moi, mais aussi très intense."



Propos recueillis par Hannah SANDVOSS et Katrin BOETHLING