
Retour sur la sixième édition du Fellowship d’éditeurs francophones de jeunesse et bande dessinée
Durant cette semaine, les participantes ont échangé avec leurs homologues français, ainsi qu’avec des libraires, des bibliothécaires, des responsables d’associations travaillant pour la promotion de la lecture et l’organisation de prix littéraires et de festivals. Elles constatent une chaîne du livre qui fait souvent défaut dans leurs pays. Les subventions, aides et la multitude d’acteurs qui œuvrent en France pour le livre ont fortement impressionné et inspiré les éditrices.
Les précédents programmes Fellowship ont déjà permis la conclusion d’accords entre éditeurs français et participants : ces cessions, adaptées aux réalités économiques locales, favorisent la circulation des ouvrages.
Les échanges ont porté en premier lieu sur la cession de droits en langue française, en lien avec les dispositifs mis en place il y a deux ans par le Centre national du livre, qui rencontrent un succès notable dans le secteur jeunesse. Les précédents programmes Fellowship ont déjà permis la conclusion d’accords entre éditeurs français et participants : ces cessions, adaptées aux réalités économiques locales, favorisent la circulation des ouvrages grâce à une diffusion professionnelle assurée par l’éditeur localement et leur accès à des prix abordables avec des tirages de qualité à moindre coût.
Cette démarche s’inscrit dans une logique écologique et économique visant à rendre la lecture accessible au plus grand nombre. Certains éditeurs français rencontrés au Salon du livre et de la presse jeunesse à Montreuil ont affirmé leur engagement en soulignant l’importance de créer des liens avec les éditeurs francophones et de leur permettre d’acquérir des droits à des conditions adaptées.
Natalie Vock-Verley avec le groupe chez France Livre
Cette réflexion interroge la place des publications françaises dans le monde, notamment dans les pays francophones. Du côté des éditrices invitées, cette première approche des cessions et acquisitions de droits a suscité un vif intérêt, comme en témoigne Imen Mbarek, éditrice chez Yamama en Tunisie : "Grâce à la rencontre avec Natalie Vock-Verley des éditions du Ricochet autour de l’enrichissement de son catalogue par les acquisitions, j’ai identifié des titres que nous pourrons acquérir pour notre marché. Son partage d’expérience sur l’achat de droits, très intéressant et enrichissant, m’encourage à me lancer dans cette démarche."
Accueil sur le stand Des grandes personnes
Sur le Salon, qui accueille le Fellowship chaque année, les éditrices ont rencontré d’anciens fellows au stand Afrique, au stand Suisse et sur celui des éditions Format (Pologne). Elles ont également participé à des tables rondes dont les thématiques portaient sur l’illustration d’ouvrages, les produits dérivés et le multilinguisme. L’organisation des animations autour du livre en librairie, en bibliothèque, ou dans des lieux tiers tels que l’association L.I.R.E a également constitué un sujet important.
Des échanges sur le stand des éditions courtes et longues
Ces échanges ont été enrichis par des discussions avec les éditeurs français sur leur stand, la visite du Centre national de la littérature pour la jeunesse, d’une librairie et d’une exposition (Claire Dé) en médiathèque. Ainsi le Fellowship a révélé aux éditrices de nouvelles pratiques qu’elles souhaitent désormais adapter à leurs marchés. Écouter les professionnels mais également les enfants parler de livres, à la "télé du Salon" par exemple, profite à cette dynamique et donne du sens aux livres qu’elles veulent publier.
Enfin, les participantes ont été particulièrement touchées par l’accueil chaleureux qui leur a été réservé par tous les intervenants. Pour certaines, issues de pays où le secteur de l’édition reste très limité, cette immersion a ouvert de nouvelles perspectives pour le développement du livre et de la lecture. Parfois isolées dans leurs pratiques, elles ont senti qu’elles appartenaient à ce "monde de l’édition" qu’elles aimeraient voir grandir dans leurs pays.
Stéphanie SUCHECKI
Paroles d'éditrice
Lilah Mercader, éditrice pour la maison Dent-de-Lion au Québec
Lilah Mercader
France Livre : Comment se sont passées vos rencontres avec les éditeurs français et quels liens, proches ou plus éloignés, avez-vous pu créer ?
Lilah Mercader : "Lors du Fellowship, mes collègues et moi avons eu la chance de rencontrer des éditeurs issus de maisons de tailles très variées, allant de Gallimard à de plus petites structures comme Athizes, que j’ai d’ailleurs découvert grâce au programme. J’ai pu échanger avec des éditrices dont j’admire profondément le travail, comme Valérie Cussaguet des Fourmis rouges ou Béatrice Vincent de La Partie. Ces rencontres m’ont beaucoup inspirée : elles m’ont encouragée à assumer pleinement la dimension subjective de l’édition et à faire confiance à mon instinct d’éditrice. Il en ressort que, malgré des réalités parfois très différentes, un lien fort nous rassemble dès lors que l’on exerce ce métier."
France Livre : Avez-vous, au Québec, des échanges de pratiques entre éditeurs ?
Lilah Mercader : "Oui, absolument. Il existe plusieurs initiatives et une réelle solidarité entre les éditeurs indépendants. Par exemple, notre association d’éditeurs au Québec (ANEL) a mis sur pied un cercle d’échanges destiné aux éditeurs émergents, où nous nous réunissons pour partager nos expériences, nos conseils et nous entraider. Nous avons également un regroupement de maisons jeunesse qui impriment ensemble à date fixe afin de pouvoir continuer à produire localement : un projet initié par Angèle Delaunois. Pour moi, il est essentiel de maintenir ce type de pratiques et de mutualiser nos ressources autant que possible afin d’assurer notre pérennité."
France Livre : Selon vous, le métier d’éditrice consiste-t-il uniquement - ce qui est déjà beaucoup ! - à éditer des livres, ou recouvre-t-il d’autres activités que vous aimeriez développer ?
Lilah Mercader : "Ce qui m’a frappée dans notre cohorte d’éditrices, c’est que plusieurs d’entre nous s’investissent fortement dans l’accompagnement des livres dans les écoles et les bibliothèques, à travers des projets qui rendent la littérature jeunesse plus accessible et vivante. C’est une dimension que nous aimerions développer encore davantage, tout en gardant le livre au centre. Par ailleurs, j’ai été très inspirée par des lieux de médiation comme le Musée de Poche ou La Maison des histoires. Je caresse le rêve qu’un jour, Dent-de-lion puisse, elle aussi, avoir une véritable maison : un lieu où artistes, enfants et livres pourraient se rencontrer."
Propos recueillis par Stéphanie SUCHECKI