Le Fellowship de Paris : une immersion privilégiée dans l’édition française

Compte rendu

juin 2026

Créé il y a près de quinze ans, le Fellowship de Paris offre une immersion rapide mais approfondie dans l’édition française grâce à un programme mêlant tables rondes, rencontres avec des éditeurs et responsables de droits au sein de leurs maisons d’édition, ainsi que visites de librairies.


Au fil des années, ce Fellowship, qui inclut depuis cinq ans une participation au Paris Book Market, est devenu une occasion encore plus concrète de développer des coopérations avec les éditeurs français, qu’il s’agisse d’échanges de droits ou de projets de coédition. Sur ce point, le retour des fellows est unanime : toutes et tous repartent avec des titres français qu’ils souhaitent traduire et considèrent ce programme comme particulièrement utile pour leur future activité éditoriale.



Table ronde sur l'évolution du marché du livre français


Cette année, le programme a débuté au Centre national du livre (CNL) avec deux tables rondes consacrées à la concentration du marché face à l’édition indépendante, puis aux prix littéraires et à la rentrée littéraire en France. Une présentation inédite de l’évolution de la concentration du secteur, proposée par l’historien et spécialiste de l’édition Jean-Yves Mollier, a servi de point de départ pour mieux comprendre un phénomène qui dépasse largement les frontières françaises.


Les témoignages de Sabine Wespieser (Sabine Wespieser éditeur) et de Thomas Bout (Rue de l'échiquier), tous deux fondateurs de leur propre maison d’édition, ont montré que, malgré l’influence croissante des grands groupes, il demeure possible de préserver son indépendance, notamment en développant des relations étroites avec les libraires. 


Pour apporter ce soutien, "les libraires sont obligés de faire des choix en permanence, ce qui demande beaucoup de temps, dont nous manquons souvent", explique Agathe Morelli, directrice de la librairie Le Genre urbain à Belleville qui a accueilli le groupe. Cette rencontre a particulièrement résonné auprès des fellows, dont les deux tiers travaillent eux-mêmes dans des structures indépendantes et dont beaucoup souhaitent désormais renforcer le dialogue avec les libraires dans leur propre pays.



Un accueil chaleureux à la librairie Le Genre Urbain


Les rencontres avec les éditeurs français ont permis de découvrir une grande diversité de modèles éditoriaux : de grands éditeurs indépendants comme Albin Michel, des maisons appartenant à des groupes tels que Gallimard, JC Lattès ou plusieurs marques d’Editis, mais aussi des structures indépendantes ou encore les Éditions de la Maison des sciences de l’homme, soutenues par des financements publics. Tous ont pris le temps de présenter l’histoire de leur maison, leur ligne éditoriale et les nouveautés de leur catalogue.



Présentation des nouveautés chez JC Lattès


L’édition francophone, de plus en plus visible en France et de mieux en mieux identifiée aussi par les éditeurs étrangers, était représentée par les éditions Elyzad. Fondée en Tunisie, cette maison fait partie des rares éditeurs francophones à disposer également d’un bureau à Paris. Les échanges avec les fellows ont notamment porté sur le coût élevé des livres français dans de nombreux pays francophones. Une problématique que l’on retrouve également dans l’espace lusophone, où les ouvrages publiés au Portugal sont souvent vendus à des prix trop élevés dans les anciennes colonies, comme le Cap-Vert, souligne Ana Cepeda, éditrice chez Orfeu Negro à Lisbonne.


Le programme comprenait également des rencontres institutionnelles et des visites de structures interprofessionnelles telles que Fontaine O Livres, dont il n’existe souvent pas d’équivalent à l’étranger. Les questions liées à la responsabilité sociale et environnementale (RSE) dans l’édition, abordées lors de cette visite, ne sont pas encore pleinement intégrées aux débats dans les pays d’origine des participants. Le sujet a néanmoins suscité un vif intérêt parmi les fellows, qui se sont montrés attentifs aux bonnes pratiques présentées et à leur possible adaptation dans leurs propres contextes nationaux.



Katja PETROVIC





Paroles aux professionnelles



Lavinia Emberti Gialloreti, Elliot Edizioni, Italie


Lavinia Emberti Gialloreti


"Ce fellowship a été une formidable expérience. J’ai désormais une vision beaucoup plus globale des maisons d’édition indépendantes, des grands groupes et des phénomènes de concentration du marché. Il m’est plus facile de m’orienter et d’identifier les titres français susceptibles d’enrichir notre catalogue. Ce qui m’a le plus étonnée, c’est la force et l’importance des librairies. La situation est très différente en Italie. Pour un éditeur indépendant, il est donc encore plus difficile de survivre. Nous n’avons pas de rentrée littéraire ni autant de prix littéraires, ce qui ne nous empêche pas d’être inondés de nouveautés tout au long de l’année. En revanche, nous sommes confrontés au même problème concernant les livres d’occasion. Il était intéressant de voir comment le gouvernement français aborde cette question, sa démarche me semble très dynamique. Il y avait également une excellente ambiance au sein du groupe des fellows. Avec ces trois journées intenses, nous avons rapidement appris à nous connaître. Nous avons déjà commencé à échanger nos conseils de lecture. Désormais, quand je découvre un livre, je me dis souvent : 'Tiens, celui-ci pourrait plaire à telle ou telle personne du groupe.'"


 

Madeline Jones, Algonquin Books, États-Unis


Madeline Jones


"Il est rare d’avoir l’opportunité de se rendre dans les bureaux des éditeurs, de rencontrer leurs équipes et de découvrir leur façon de travailler au quotidien. À Paris, chaque maison a une histoire passionnante, et c’est fascinant à découvrir. Lors de nos rencontres, les éditeurs nous ont présenté de nombreux livres enthousiasmants. Au Paris Book Market, j’ai découvert les Éditions du Sous-Sol, avec lesquelles nous comptons de nombreuses affinités éditoriales. Je pense que nous pourrons développer de belles collaborations. J’ai également trouvé la visite en librairie particulièrement enrichissante. Nous étions dans un quartier populaire, et la libraire a parlé très librement de son quotidien, des choix qu’elle doit faire avec les représentants, ainsi que de l’espace dont elle dispose concrètement pour accueillir les nouveautés de la rentrée. Cette visite m’a rappelé pourquoi nous exerçons ce métier. Elle m’a aussi donné envie de renforcer le dialogue avec les libraires dans mon pays."



Propos recueillis par Katja PETROVIC