Un pari réussi : 70 éditeurs japonais et français ont participé aux rencontres généralistes

Compte rendu

septembre 2026

"Ces rencontres pleines d’enthousiasme auront contribué à intensifier les échanges entre nos deux pays, une première étape à n'en pas douter vers l’événement que constituera l’invitation d’honneur du Japon au Festival du Livre de Paris en 2028", a souligné Nicolas Roche, directeur de France Livre, en concluant le programme à l’Institut français de Tokyo.



Rendez-vous en ligne


Ces rencontres revêtaient une importance particulière en raison de leur format hybride, proposant à la fois des échanges en ligne et en présentiel. "Ce format est crucial, car il correspond aux contraintes financières de nos adhérents et aux impératifs écologiques que le monde actuel nous impose. Ainsi, bien que 13 éditeurs français soient présents à Tokyo, le double était en mesure d'interagir avec les éditeurs japonais", explique Laurence Risson, cheffe de projet chez France Livre.



Le public était nombreux à l'Institut français de Tokyo


Le programme a débuté par une conférence sur les marchés du livre français et japonais ainsi que sur les échanges de droits entre les deux pays. Étaient présents : 


Toshitaka Kondo, président de la Japan Publishing Industry Foundation for Culture (JPIC), créée en 1991 sous l’autorité du ministère japonais de l’Économie. Cette structure interprofessionnelle regroupe environ 260 membres (éditeurs, diffuseurs, libraires, imprimeurs) pour soutenir le secteur de l’édition et promouvoir la lecture comme vecteur d’apprentissage tout au long de la vie. 


Hiroshi Arai, directeur du département des droits de Bungeishunju, une maison d’édition fondée en 1923, spécialisée dans les romans, les ouvrages de non-fiction et plusieurs magazines généralistes et culturels.


Myriam Dartois, directrice du Bureau des Copyrights Français (BCF) à Tokyo. Créée en 1952, cette agence, spécialisée dans la gestion et la cession de droits d’auteur entre les éditeurs japonais et francophones, accompagne les professionnels du livre dans les échanges de droits de traduction, de publication et d’adaptation.


Les échanges de droits en plein essor


En 2025, la vente de droits de traduction des titres français en japonais (cessions + coéditions) a connu une nette hausse, avec un total de 299 titres, soit une augmentation de 15,3 % par rapport à 2024. Les sciences sociales et les essais dominent avec 120 titres cédés (+7 %), suivis des livres jeunesse avec 81 titres (+20 %) et de la fiction avec 28 titres. Des auteurs tels que Pierre Lemaitre, Jacques Attali, Emmanuel Todd et Annie Ernaux rencontrent un réel succès au Japon.



Robe de marié de Pierre Lemaitre en japonais


Les bandes dessinées arrivent ensuite avec 26 titres (+14 %), suivies des beaux livres et livres d’art avec 13 titres et des livres pratiques avec 9 cessions. Les rencontres autour du livre illustré, organisées par France Livre en 2023, ont contribué à raviver les échanges de droits dans ce secteur. C’est à la suite de cette réussite que les rencontres généralistes ont été mises en place cette année. En France, le japonais est la deuxième langue la plus traduite après l’anglais, notamment grâce aux mangas. L’année dernière, 2 581 titres japonais ont été publiés en France, soit 19,5 % des livres traduits en 2025.


La crise de la librairie en France et au Japon


Lors d’une deuxième table ronde, un autre sujet a été abordé : les réseaux de librairies et les canaux de diffusion dans les deux pays. Si les librairies en France se portent mal, avec 85 fermetures contre 83 ouvertures en 2025 et des suppressions de postes au sein du groupe Nosoli, propriétaire du Furet du Nord et de Decitre, la situation est encore plus préoccupante au Japon. Cette année, le pays est tombé sous le seuil symbolique des 10 000 librairies. 





Selon la Japan Publishing Organization for Information Infrastructure Development (JPO), il ne comptait plus que 9 993 librairies à la fin mars 2026, contre 24 237 en 1998. Cela signifie que près de 30 % des communes japonaises ne disposent plus d’aucune librairie vendant des nouveautés, et 256 communes n’ont ni librairie ni bibliothèque publique. Pour échanger avec les principaux concernés, le programme a inclus une visite de la librairie Maruzen ainsi que du Bureau des Copyrights Français (BCF) à Tokyo.


Maintenir le lien et développer de nouveaux contacts


Les deux après-midi de rendez-vous B2B ont rassemblé 26 maisons d’édition françaises et une quarantaine de maisons d’édition japonaises, offrant de nombreuses opportunités pour découvrir des catalogues, développer des partenariats et renforcer les échanges de droits entre les deux marchés. "Il n’est pas courant que tant d’éditeurs français se déplacent au Japon, et les éditeurs japonais ont répondu présents. Vu le contexte économique difficile avec la dévaluation du yen, ces derniers se déplacent moins. Pour les professionnels français, ces rencontres ont donc été d’autant plus importantes pour maintenir un lien personnel avec eux", explique Laurence Risson, organisatrice de cet événement.


Katja PETROVIC, Laurence RISSON





Paroles aux professionnels


Charlotte Lassansaa, chargée des cessions aux éditions du Centre Pompidou


Charlotte Lassansaa


"Le potentiel d’extraduction de beaux livres d’art au Japon étant limité, mes attentes étaient peu élevées, mais j’ai été très agréablement surprise de voir que mon agenda à Tokyo était presque plein, non seulement grâce aux agents, mais aussi via des demandes de rendez-vous en direct. J’ai beaucoup apprécié la qualité de la sélection opérée par les agents qui ont organisé ces rendez-vous. De manière générale, les éditeurs japonais, ayant des lignes éditoriales très identifiées, savent et communiquent précisément ce qu’ils veulent, ce qui rend les rendez-vous très qualitatifs.


Les beaux livres d’art étrangers sont plutôt considérés comme des produits d’importation, vendus dans des librairies spécialisées, comme Tsutaya à Tokyo, où les livres sont presque exclusivement en langue anglaise. Néanmoins, un catalogue tel que Kandinsky. La musique des couleurs, qui conjugue à la fois la présentation d’un artiste très connu du public japonais et un contenu spécialisé d’un intérêt fort dans ce pays, a suscité beaucoup d’attention. 


Ces rencontres à Tokyo ont permis de confirmer que nos catalogues jeunesse et sciences humaines et sociales étaient certainement plus faciles à vendre sur ce territoire et qu’il fallait mettre ces derniers davantage en avant auprès des agents. 


Les éditeurs japonais ont été particulièrement sensibles à notre collection historique L’Art en jeu, rééditée depuis 5 ans, dans laquelle chaque titre aborde un chef-d’œuvre d’un artiste, dont la majorité est déjà familière au public japonais : Matisse, Mondrian, Miró, O’Keeffe, Kahlo, etc. Le parti pris graphique fort, l’originalité de la qualité poétique des textes, ainsi que le soin apporté à la fabrication, ont également séduit les éditeurs japonais.


Au-delà des beaux livres, les éditions du Centre Pompidou diffusent sous différentes formes éditoriales des débats scientifiques et artistiques sur les pratiques artistiques et les œuvres passées ou contemporaines ; certains ont retenu l’attention des éditeurs en raison à la fois de la concision des textes, de leur portée pratique pour des professionnels, et des sujets pour lesquels le Centre Pompidou est perçu comme légitime, comme une anthologie de textes d’artistes des XXe et XXIe siècles sur La lumière dans l’art."



Propos recueillis par Laurence RISSON et Katja PETROVIC 

 

 

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