
Foire du livre de Bologne : l’édition jeunesse au cœur des défis actuels
Cette année, la Norvège était l’invitée d’honneur, ajoutant une touche nordique à cette "grand-messe de l’édition jeunesse ". Dans une ambiance dynamique et conviviale, les échanges entre professionnels ont été enrichissants, les éditeurs se montrant toujours aussi accessibles pour découvrir les portfolios des illustrateurs. "Tout le monde est à égalité ici, c’est très agréable comme foire", explique Laurence Risson, cheffe de projet chez France Livre.
Un sentiment d’inquiétude
Cependant, un sentiment d’inquiétude plane sur ce tableau réjouissant. L’édition jeunesse fait face à des défis majeurs, notamment la baisse du taux de natalité qui pousse les éditeurs à la prudence dans leurs choix commerciaux. La lecture chez les adolescents recule, et la concurrence des écrans pousse à réinventer le livre jeunesse pour le rendre plus désirable. Parallèlement, l’augmentation des coûts de production et des frais de transport - accentuée par la hausse des prix du pétrole - fragilise le secteur, en particulier les éditeurs engagés dans des coéditions internationales et contraints d’adapter leurs prix au pouvoir d’achat des lecteurs.
Alexandra di Marco, Pascale Charpenet de La Martinière sur le stand
Le stand de France Livre, qui a rassemblé 133 éditeurs représentant 58 marques, a maintenu une taille et une disposition similaires à l’an dernier, s’étalant sur 320 m² avec une cinquantaine d’espaces de travail. Une bibliothèque sur le comics corner mettant en avant une quinzaine de BD primées, ainsi que les pépites de Montreuil et la sélection de livres lauréats du prix Vendredi a attiré l’intérêt des éditeurs étrangers.
Inciter les jeunes à lire, "une responsabilité collective"
La programmation de la foire a été riche, notamment avec une conférence sur les politiques d’incitation à la lecture, organisée par l’Association italienne des éditeurs (AIE) en collaboration avec plusieurs organisations internationales dont le SNE. Ce panel a rassemblé des éditeurs et des experts du monde pour partager les meilleures pratiques en matière de promotion de la lecture. Des projets innovants comme #ioleggoperché en Italie ou des initiatives menées en France, en Corée du Sud et au Royaume-Uni ont été mis en avant.
Certainement pas la dernière conférence sur le sujet
L’engagement pour la promotion de la lecture a été souligné par Elena Pasoli, directrice de la Fiera, qui a insisté sur la responsabilité collective face aux enjeux contemporains. "Soutenir l’accès au livre et favoriser une culture de la lecture sont au cœur de notre mission", a-t-elle affirmé.
En parallèle, les BRAW (BolognaRagazzi Awards) ont honoré l’excellence dans l’édition jeunesse. Les Éditions La Doux ont été récompensées comme la meilleure maison jeunesse en Europe, tandis que Bayard a été distingué pour son expérience de lecture numérique avec le magazine Phosphore. Ce dernier se positionne comme un projet audacieux, capable de répondre aux attentes des jeunes lecteurs d’aujourd’hui tout en leur offrant une information de qualité.
Félicitations aux heureuses gagnantes !
Cette année encore, deux titres français ont été primés : Le Journal de Samuel chez Casterman, dans la catégorie Comics Middle Grade, et Village paru aux Éditions du livre, qui a reçu le premier prix dans la catégorie Nouveaux Horizons. La Foire de Bologne, au-delà de célébrer l’édition jeunesse, a ainsi mis en lumière les défis à relever pour construire une nouvelle génération de lecteurs, affirmant son rôle crucial dans la promotion de la lecture à l’échelle internationale. "Un sujet qui continuera d’être à l’ordre du jour lors de la prochaine Foire du livre de Francfort, promettant des discussions approfondies sur l’avenir de la lecture", explique Nicolas Roche, directeur de France Livre.
Katja PETROVIC, Laurence RISSON
Paroles aux professionnels
Aurélie Lapautre, directrice des droits chez Albin Michel Jeunesse
Aurélie Lapautre
"Nous avons eu un peu plus de 120 rendez-vous, y compris avec des éditeurs que nous rencontrions pour la première fois. Notre bilan de la foire est positif, car nos nouvelles collections nous ont permis de répondre à une demande importante pour des titres traitant du quotidien des enfants et des adolescents, abordant les problèmes auxquels ils sont confrontés, de préférence avec humour. Cependant, le contexte actuel ne facilite pas notre travail. La hausse des coûts de production nuit particulièrement aux coéditions, tandis que la baisse de la natalité et de la lecture chez les jeunes rend la cession de titres jeunesse plus compliquée. Les éditeurs du monde entier partagent ces préoccupations, ce qui explique leur plus grande sélectivité. Dans ce contexte, il est important que les éditeurs jeunesse se mettent au diapason avec les jeunes, leurs préoccupations et leurs rêves. Les aides à la lecture, sous la forme de Pass Culture ou autres, doivent également se développer partout dans le monde."
Olivier Galli, directeur des droits dérivés chez Glénat
Olivier Galli
"Mon bilan de Bologne est plutôt positif pour le côté BD, avec 62 rendez-vous. Quelques éditeurs sont venus à cause de l’annulation d’Angoulême. Pour la partie jeunesse, cette foire est toujours aussi dynamique. J’ai eu 40 rendez-vous pour le catalogue jeunesse cette année. C’est difficile de dire quelles thématiques intéressent les éditeurs étrangers, mais je dirais plutôt des titres feel-good en jeunesse et genres en BD. De manière générale, les éditeurs sont plus méticuleux dans le choix des titres à acheter en raison du contexte actuel. C’est vrai que les jeunes lisent moins, mais personnellement, je pense que si l’on fait de bons livres, on aura toujours du public…"
Propos recueillis par Katja PETROVIC