Face à la baisse, de nouvelles stratégies pour vendre des droits à la CCBF

Compte rendu

novembre 2025

La CCBF, coorganisée par la Foire du livre pour enfants de Bologne, a rassemblé 474 exposants venus de 35 pays et régions, qui ont présenté plus de 20 000 nouveaux livres pour enfants, chinois et étrangers. L’espace international a occupé une place importante, avec une forte présence des éditeurs coréens, italiens, belges, français et britanniques, notamment. Le stand russe a attiré l’attention car de nombreux éditeurs indépendants y étaient présents, souvent critiques envers le régime en place. Enfin, aux côtés de stands individuels et d’un vaste Rights Center, le stand des éditions Intelekti, de Géorgie, hébergeait la présidente de l’Association Internationale des Éditeurs (IPA), Gvantsa Jobava.





Un programme professionnel riche de conférences qui faisait dialoguer l’édition chinoise et internationale, permettait de comprendre les enjeux et tendances actuelles de l’édition jeunesse en Asie et dans le monde. L’exposition consacrée à la BD jeunesse a attiré l’attention mais a accueilli moins de visiteurs que les années précédentes. Le prix d’entrée au Salon d’environ 8 euros, et la situation économique difficile en Chine pourraient expliquer cette baisse, au grand regret des éditeurs locaux. 



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Sur le plan professionnel, la chute de la natalité inquiète quant à l’avenir du secteur jeunesse et les publications d’auteurs occidentaux restent compliquées, notamment à cause des délais rallongés pour obtenir les ISBN. Enfin, depuis le Covid, les ventes de livres en ligne se maintiennent autour de 80 %, ce qui permet aux grandes plateformes de pousser les éditeurs à vendre leurs ouvrages à seulement 30 % du prix affiché. Malgré ce contexte difficile, les éditeurs chinois restaient en 2024 les premiers acheteurs de droits jeunesse français.



160 titres et 10 marques éditoriales présentés sur le stand France Livre


Au salon, France Livre a présenté un stand réunissant 160 titres jeunesse et BD, auxquels s’ajoutait la sélection du prix Vendredi du SNE. Quatre éditeurs français — Gallimard Jeunesse, Casterman, Les Arènes et Dargaud Shanghai — représentant une dizaine de marques, avaient fait le déplacement, accompagnés de l’auteur Baptiste Beaulieu (Les Arènes) dont un ouvrage jeunesse venait tout juste d’être publié en mandarin. Cette présence reste toutefois bien moindre que la vingtaine d’éditeurs français qui participait à la CCBF avant la pandémie.



Conférence avec Baptiste Beaulieu (Les Arènes)

Face à une baisse significative des cessions (1 479 livres jeunesse en 2021 contre 552 en 2024), les éditeurs doivent faire preuve de créativité pour vendre leurs droits, en explorant notamment des déclinaisons merchandising. Cette stratégie permet de donner une nouvelle vie aux personnages au-delà des livres. Un exemple concret est celui de Dargaud qui a introduit le Marsupilami sur le marché chinois en proposant une gamme diversifiée incluant BD, vêtements et accessoires. 


France Livre alternera désormais sa présence à Pékin et à Shanghai. Après plus de quinze ans de présence continue à Pékin, France Livre se concentrera sur la foire du livre de Shanghai en 2026 avant de revenir à Pékin en 2027.



Katja PETROVIC, Laurence RISSON





Paroles de professionnelles 


 So Taniuchi, directrice des droits étrangers chez Gallimard Jeunesse



So Taniuchi

 

France Livre : Quelles sont vos impressions sur ce Salon ?


"Les éditeurs chinois achètent clairement moins de droits que par le passé, d’une part parce que sur le marché le volume des ventes est moindre, combiné à des remises de plus en plus importantes (du fait de l’évolution des réseaux de vente), d’autre part parce que la création locale est en progression. Mais c’est un salon toujours intéressant dans les échanges avec les éditeurs, qui ont une forte capacité à se renouveler constamment, dans un marché en permanente évolution. Pour moi le bilan est positif, avec un agenda rempli, des rendez-vous de qualité et des échanges toujours aussi riches et fructueux avec les éditeurs." 

 

France Livre : Comment ce salon a-t-il évolué ?


"Il se professionnalise de plus en plus, de nombreux auteurs et illustrateurs internationaux sont présents aux côtés des éditeurs, l’on sent l’implication de plus en plus maîtrisée de la Foire de Bologne dans l’organisation des événements, expositions et conférences. Si les Français étaient moins nombreux que par le passé, d’autres pays comme la Corée ou l’Italie sont présents de manière plus visible."


France Livre : En tant qu’éditeur ou éditrice jeunesse, est-ce plus important d’aller à Shanghai ou à Pékin ?


"Ce sont deux salons très différents. Si Pékin permet des rencontres avec des éditeurs étatiques, et que la jeunesse y est moins visible, il permet néanmoins de comprendre l’ensemble du marché chinois. En revanche, Shanghai semble incontournable pour l’édition jeunesse, le salon permet d’appréhender la diversité des maisons et l’ampleur de la production chinoise. C’est un peu le 'Montreuil' chinois !"


France Livre : Bien que les ventes de droits vers la Chine deviennent de plus en plus difficiles, elle reste le premier acheteur de livres jeunesse français. Comment réagissez-vous à cette situation ?


"Effectivement, la Chine reste un marché incontournable. La cession des nouveautés mais également le renouvellement des droits déjà cédés sont des enjeux majeurs, pour construire une relation durable avec les éditeurs chinois et assurer une exploitation pérenne de nos créations."


France Livre : Quelles stratégies avez-vous mises en place pour susciter l’intérêt des éditeurs chinois malgré cette baisse ?


"Nous travaillons plus activement le fonds, qui permet d’avoir un historique plus important des ventes, mais aussi des titres avec des prix ou des distinctions dont les éditeurs chinois sont friands. Tout contenu additionnel qui permet de faciliter la promotion en ligne est un atout."


France Livre : Quelles thématiques, quels titres et formats intéressent actuellement les éditeurs et éditrices chinois ?


"Le documentaire reste toujours très plébiscité, nous travaillons un peu plus la fiction (romans à partir de 7 ans) que par le passé. 




Elvire Beaule, responsable des droits étrangers chez Les Arènes/Iconoclaste



Elvire Beaule


"Pour une première participation, j’ai pu avoir des échanges de qualité et identifier de vraies pistes de collaboration. J’ai pu rencontrer des éditeurs que je n’aurais probablement jamais croisés ailleurs, ce qui est extrêmement précieux. Aux Arènes, nous avons une collaboration historique et fructueuse avec la Chine ; il est donc essentiel pour nous d’entretenir nos partenariats existants, de montrer que nous nous intéressons réellement à leur travail et que nous souhaitons continuer à construire des relations solides et durables. Je suis consciente de la baisse générale du nombre de contrats, mais ce n’est pas ce que nous observons aux Arènes, la tendance est même plutôt à l’inverse. En fiction comme en jeunesse, nous constatons un intérêt marqué pour la psychologie, le développement personnel et les ouvrages de vulgarisation scientifique. C’est d’ailleurs précisément pour anticiper et prévenir un éventuel ralentissement que je me suis rendue à Shanghai. L’objectif était de renforcer les liens avec nos partenaires actuels, d’en rencontrer de nouveaux et de réaffirmer que, en tant qu’éditeur français, nous restons pleinement engagés sur le marché chinois et ouverts à des échanges stratégiques. C’est donc une foire qui présente un réel intérêt, même si, selon moi, une présence tous les deux ans pourrait être suffisante."


Propos recueillis par Katja PETROVIC 


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